Quand les divisions-FNDC empêchèrent d’exploiter les divisions-CEDEAO.« Coup de tonnerre » sans pluies à la CEDEAO.

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« Coup de tonnerre » sans pluies à la CEDEAO.

Le 57eme sommet la CEDEAO a été le théâtre d’un « coup de tonnerre ». Les putschistes constitutionnels minoritaires de la communauté, Alpha et Ouattara subirent en public les camouflets de Buhari entre autres. Après ceux d’Embalo.  Pour le FNDC et les forces démocratiques de la Guinée cela ne devrait pas être rien. Cela aurait été même un bon signe. Mais les forces démocratiques guinéennes ne pourront en profiter. Comme d’habitude, le bon signe arriva trop tard dans le calendrier de ce pays qui semble être réglé sur des rendez-vous manqués.
Quand il fut clair qu’Alpha n’allait pas reculer, le FNDC avait initié une lutte intelligente contre Alpha-Condé. Il avait déposé un recours judiciaire à la cour de la CEDEAO. Le dossier fut ficelé avec sa compétence habituelle par maître Dramé Alpha Yaya. Le recours avait des bases juridiques solides. Il offrait un cadre à une guérilla politique légale contre le régime illégitime. Il restait à déployer la guérilla avec patience et ténacité pour graduellement ruiner tout régime qui allait suivre les mascarades électorales.
Certes, devant l’ampleur du dossier et ses ramifications profondes, à la fois politiques et historiques, la cour de la CEDEAO se tâtait. La pandémie lui offrit une excuse. Les faits étant ce qu’ils sont, ce n’était que partie remise. Si de la durée du traitement du dossier nul ne pouvait prévoir, de son triomphe on pouvait être certain. Les crimes qui émaillèrent les mascarades électorales avaient renforcé la légitimé du combat et la cause devant la cour. Les divergences du dernier sommet de la CEDEAO auraient pu être une aubaine supplémentaire.
C’était sans compter avec l’épaisse sous-culture qui tient lieu de pratiques politiques en Guinée. Cette sous-culture diffuse a survécu à son géniteur le PDG. Elle s’est solidifiée en réflexes conditionnés de comportements individualistes qui aiguillonnent les politiciens vers des suicides permanents dont ils ne survivent que du fait de leurs fonds de commerce purement ethnocentristes. L’ethnocentrisme à gogo mijote dans la violence et l’intimidation, les combines d’ombres, le mépris superbe de toute notion de justice et de toute réflexion intellectuelle (surtout si elle vient d’un guinéen), la complaisance dans la médiocrité et le culte du chef, du matériel, des gains rapides à tout prix, dans une fausse fraternité nationale de Mamaya avec la peur de se démarquer publiquement devant les torts. Cette sous-culture constitue la barrière par excellence du processus de démocratisation en Guinée. Du fait de ses fondements irrationnels, elle est incompatible avec l’innovation ; elle enferme les leaders dans une répétition démentielle de formes stériles de combat. Quand il y a des timides pas vers le nouveau, il suffit de quelques obstacles et de difficultés moindres pour qu’ils se dissipent. Le recours judiciaire du FNDC à la CEDEAO n’y fit pas exception.
Ce recours était une première. Il n’inventait rien. Il utilisait tout juste des voies de combat qui n’avaient pas été explorées en Guinée.  Mais, une fois que les dirigeants des forces vives guinéennes prirent des photos lors du dépôt du dossier à Abuja, ils le mirent dans les placards. Plusieurs personnes dont je suis réitérèrent les avantages du dossier pour invalider dans le moyen terme le régime d’Alpha Condé ainsi que la nécessité de le poursuivre avec plus de vigueur et d’en faire la plate-forme de lutte. Il s’en suivit un court débat sur les méthodes à déployer pour maintenir la pression. Les réflexes conservateurs rapidement reprirent le dessus. Les pesanteurs et les inerties s’engluèrent dans de douillets renoncements et des arguments des perdants éternels : « Cela ne va pas marcher ! on nous a abandonné ! Alpha a soudoyé les gens de la cour ! La CEDEAO est un machin corrompu etc.. ». L’inertie se masqua derrière des frénésies de quêtes d’effets publicitaires. Les dirigeants de l’opposition lancèrent une démarche redondante de « signalements » à la CPI par des avocats français.  Silence aussi depuis autour de ce signalement.
Il est à la fois symptomatique et troublant que, pendant que le sommet du 7 septembre de la CEDEAO exhibait des divergences dont le potentiel bénéfique aux guinéens est évident, le front uni des guinéens s’effritait.   Plus précisément, le front des forces démocratiques en Guinée se fractura la veille, dans la ruée frénétique de dépôts de candidatures pour « l’élection présidentielle ». Les cieux du « coup de tonnerre » des divergences au sein de la CEDEAO s’éclaircirent de toute pluie d’espérances pour les guinéens.
Habitudes suicidaires

Où vont se réfugier les espoirs qui se dissipent encore comme des jours qui fuient dans le néant ?  Est-on obligé de toujours devoir redorer les causes nobles pour lesquelles des sacrifices sont consentis ? De toujours ressusciter les espérances et les admirations de l’étranger, la frousse des dictateurs qu’on inspire et qu’on abandonne ? Combien de temps cela prendra ? Comment rebrousser chemin vers nos partenaires, et avec arguments ?  Pourquoi tournons-nous toujours en rond et autour du pot ? Il reste pour le front citoyen guinéen toutes ces questions à gérer.
Diaboliser Alpha et ses complices est une réponse trop facile. Avant tout, Alpha avait commencé à lâcher du lest. Il n’a pas les moyens ni le talent pour faire face à une conjonction de pressions continues, externes et internes.  Même avec ses bravades il reste un poltron – comme le sont la plupart des dictateurs. S’il triomphe toujours, il faut bien se poser la question de savoir de quelle arme il dispose et quelle est la source de son efficacité. Dire qu’il fait usage de la violence est trop triviale et ne saurait satisfaire. La vraie question serait plutôt de savoir comment il peut user de la violence pendant dix ans sans subir une seule conséquence, comme s’il en avait une exclusivité octroyée par Dieu.
Mon avis est que les armes du triomphe de Alpha lui sont octroyées par ses adversaires politiques. Parmi ces armes il y a l’enfermement des opposants dans leurs habitudes. Les habitudes sont les pires ennemis de tout combattant. À l’opposé, l’innovation basée sur une lecture claire des enjeux et du rapport des forces est son meilleur allié. Si on peut déterminer les habitudes de l’ennemi on va toujours le vaincre. Pareillement, tout combattant qui ne sait se départir de ses habitudes et qui ne peut innover ne fera que s’offrir à l’ennemi. Toutefois, l’innovation est loin d’être aisée. Elle requiert de l’humilité dans l’acquisition de l’intelligence et devant les faits. Comme tous les observateurs de la vie politique guinéenne Alpha a acquis la certitude que le personnel politique en face n’a pas ces traits indispensables à l’innovation.
Là réside sa seule force. Les politiciens guinéens traînent l’héritage du totalitarisme et du parti unique comme un boulet. Ils n’ont pas d’humilité pour lire les gâchis historiques pourtant omniprésents. Ils refusent d’admettre que l’histoire de la Guinée a été tronquée et que sa compréhension est encore anecdotique et fragmentaire. Ils font dans la fuite en avant pour éviter de confronter le passé. Ils voudraient l’enterrer sans l’avoir compris et au bout du compte, ils tombent dans les pièges du ce système diffus instauré par le PDG ; un système qui a appris à s’adapter et à survivre. Si les assises de ces comportements suicidaires restent dans la mutilation de la société guinéenne par le PDG et l’héritage qu’il laissa, il faudra résoudre la question de savoir pourquoi et comment cet héritage perdure à travers les années. Cela requiert des études multiples qui dépassent de loin le cadre de mon propos et de mes compétences.
J’en fais ici une narration simplifiée qui prend comme point de départ la chute du bloc soviétique. À la fin des années 1980, les ONG de l’occident, financées principalement par les services de renseignement de leur pays, se ruèrent vers l’Afrique pour propager des rudiments de démocratie axés principalement sur les notions de Société Civile et d’élections. Ce fut la poussée des vagues de démocratisations avec des conférences nationales dans certains pays. Lansana Contée autorisa le multipartisme tout en gardant la haute main sur l’armée. Le reste de l’administration il laissa en ruine, y compris et surtout la justice. Il mit en place un système de corruptions à grande échelle. L’idéologie de la démocratisation importée de l’extérieur s’enlisa dans les tourbes des héritages historiques en Guinée. La démocratie tourna court ; en un syncrétisme aberrant et des perversions qui marquent actuellement la vie politique guinéenne. Des leçons de démocratisation Lansana Conté et son entourage choisirent de ne retenir que ce qu’il pouvait manipuler. Les élections. Ils y ajoutèrent l’autorisation des marches « pacifiques », même si des centaines d’innocents de l’opposition ont été massacrés durant ces manifestations, sans effets ni réactions. Ils fétichisèrent et transformèrent en slogans les concepts et le processus de démocratisation. Ils les vidèrent de leur contenu et les utilisèrent pour empêcher toute compétition pour le pouvoir. Arborant le badge de démocrate, Lansana Conté se proclama père de la démocratie en Guinée et manipula la constitution pour une présidence à vie.
Dans la foulée de ces habitudes vivaces, Alpha Condé se proclamera premier président démocratiquement élu de la Guinée et se dotera d’une constitution taillée sur mesure pour une présidence à vie.
Les héritiers de ce système constituent l’essentiel de l’opposition formelle en Guinée. Ils n’ont aucun égard pour les concepts et les luttes démocratiques, à supposer qu’ils les aient assimilés. L’histoire de ces dix dernières années a largement démontré qu’ils ne font pas l’effort minimal pour appréhender les complexités des concepts et des luttes démocratiques : leurs faisabilités, leurs risques et leurs nombreux et incontournables préalables dont la mise en œuvre pourraient déboucher vers des votes crédibles. L’opposition guinéenne n’a pas l’ombre d’un plan pour implémenter ne fut-ce qu’un échantillon de ces préalables : riposter à la violence par la violence, protéger l’intégrité du bulletin et l’exhaustivité du recensement, neutraliser des agents de la fraude électorale etc. Pendant dix ans, entre les échéances électorales, l’opposition guinéenne ne s’est pas donné les moyens d’un minimum de garanties avant de s’engouffrer dans la danse électorale. Elle s’est condamnée à s’immoler encore une fois sur le tabernacle électoral dans un reniement public des principes élémentaires défendus et la moquerie des morts qu’elle incita au front de la lutte. Elle justifie sa course suicidaire vers le pouvoir par des conjurations incantatoires du soi-disant péché suprême de la « politique de la chaise vide », en jouant sur des grégarismes euphorisants qui ont toujours accompagné les déconvenues de notre histoire où les promesses mensongères s’avèrent toutes porteuses de tragiques conséquences.

Leçons pour le futur.

Suivre la décadence sans fin de la Guinée peut désarçonner la plus froide des raisons. Pour ne pas succomber au découragement, les désemparés et les désabusés, et tous ceux qui se sentent floués doivent s’armer de compréhension sur les racines des maux, faire des analyses soigneusement des causes complexes de la décadence. Les efforts de cadrer et définir les problématiques de notre pays sont incontournables. Ils doivent éviter le piège du mépris ambiant de l’intellect, la mystique de l’action pour l’action, de l’improvisation, du « n’importe-quoi-est-mieux-que-ce-qu’on-a » qui expliquent les échecs successifs.
La lutte des déshérités guinéens aura été le seul rempart fragile contre la folie de Alpha Condé. L’heure est au renouvellement des engagements de prendre à bras le corps et d’arrêter la descente sans fin vers le chaos de la Guinée. Cela doit procéder avant tout de la rénovation des méthodes de luttes qui doivent se baser sur des lectures saines des enjeux et non de la quête à tout prix du pouvoir, ni de notoriétés villageoises. Les jacqueries avec des jets de pierres doivent être changées en plans d’insurrections. L’organisation de la riposte à la violence de l’état doit être une priorité. Elle comporte en premier la neutralisation des agents identifiés de la violence. La réalité milite fortement pour ces actions. Les guinéens ont prouvé n’avoir peur ni des clashes, ni de leur sang qu’on verse. Cela est un acquis qu’il est important de préserver. Il doit être accompagné avec de l’imagination et une détermination fervente, dans la conjonction des fronts internes et externes.
Si l’arsenal légal de la CEDEA a été établi justement pour sauvegarder les droits des bafoués comme le sont les guinéens, son application ne se fera pas avec l’économie de la riposte contre les sbires qui peuplent l’administration et les forces de sécurité guinéennes. Une fois ce préalable accompli, la communauté internationale n’aura pas de choix que de respecter nos aspirations.

Ourouro Bah

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