Les États-Unis se retirent d’un traité nucléaire internationale

Donald Trump a annoncé samedi que les États-Unis allaient se retirer d'un traité sur les armes nucléaires.

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Les États-Unis se retirent d’un traité nucléaire internationale, on vous explique pourquoi c’est important

Le traité INF banissait les missiles ayant une portée comprise entre 500 et 5500 kilomètres. Donald Trump estime que la Russie viole l’accord depuis plusieurs années et a décidé samedi le retrait de son pays.

Donald Trump a annoncé samedi que les États-Unis allaient se retirer d’un traité sur les armes nucléaires conclu avec la Russie pendant la Guerre froide, accusant Moscou de le violer «depuis de nombreuses années». Voici en questions/réponses les éléments à connaître pour comprendre l’importance de cette décision:

• Qu’est-ce que le traité INF?
Le traité INF a été signé par les présidents américain et russe Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev à la fin de la Guerre froide en 1987. L’accord faisait suite à la crise des «euromissiles», lors de laquelle les deux superpuissances avaient déployé de nombreuses armes à moyenne portée à la fin des années 1970. L’URSS avait notamment pointé des SS-20 à têtes nucléaires vers des capitales occidentales.
Baptisé Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF, pour Intermediate-range nuclear forces treaty), le texte portait sur les missiles au rayon de 500 à 5500 kilomètres. Dans les années qui ont suivi sa signature, des milliers de missiles avaient été détruits par les deux puissances qui ne pouvaient depuis théoriquement plus en posséder.

• Pourquoi Donald Trump a-t-il décidé le retrait américain?
Le président américain considère que les Russes ne respectent plus le traité. «Nous allons y mettre fin et nous en retirer» a-t-il dit samedi soir ajoutant: «Nous n’allons pas les laisser violer l’accord nucléaire et fabriquer des armes alors que nous n’y sommes pas autorisés.» Cela fait maintenant quatre ans que Washington soupçonne la Russie de déployer, en divers points de son territoire, un système de missile, baptisé 9M729, dont la portée serait supérieure à 500 kilomètres, ce que prohibe le traité. La Russie se trouverait ainsi en capacité de toucher l’Europe occidentale avec une tête nucléaire. Le secrétaire général de l’OTAN a récemment exprimé sa vive préoccupation. Jens Stoltenberg a dénoncé le fait que la Russie n’avait «pas fourni de réponse crédible sur ce nouveau missile». «L’hypothèse la plus plausible est que la Russie viole le traité», estime-t-il.
• Que disent les Russes?
Ils ne répondent pas sur le fond et se gardent bien d’évoquer leur système de missile polémique. Moscou joue la surprise et préfère pointer la décision américaine. «Cela serait un pas très dangereux qui, j’en suis sûr, ne sera pas compris par la communauté internationale et va même s’attirer de sérieuses condamnations», a ainsi estimé Sergueï Riabkov le vice-ministre des Affaires étrangères russes, pour qui ce traité est «significatif pour la sécurité internationale et la sécurité nucléaire, pour le maintien de la stabilité stratégique». Si les États-Unis continuent à agir «de façon maladroite et grossière» et à se retirer unilatéralement de traités internationaux, «alors nous n’aurons pas d’autre choix que de prendre des mesures de rétorsion y compris concernant la technologie militaire».

Ce retrait «est le deuxième plus gros coup porté contre tout le système de stabilité mondiale», a affirmé un sénateur russe, Alexeï Pouchkov.

• Est-ce que c’est grave?
Le retrait américain, après celui sur du Traité de Paris sur le climat et celui sur l’accord nucléaire iranien, pose une nouvelle fois la question de la parole donnée américaine. Que vaut-elle réellement face à cette série de retraits unilatéraux?

Sur la question des armes, sans contrôle, on a tout à craindre d’une nouvelle course à l’armement. D’autant qu’un autre traité, baptisé New Start, qui concerne, lui, la limitation des armes nucléaires pour les deux pays, arrive à échéance en 2021. La négociation concernant sa prolongation ou son renouvellement pourrait s’en trouver compliquée.

Le conseiller de la Maison-Blanche à la Sécurité nationale, John Bolton doit rencontrer lundi et mardi à Moscou plusieurs responsables russes, à commencer par le ministre des Affaires étrangères Serguei Lavrov, en préparation à une éventuelle rencontre entre Trump et Poutine d’ici la fin de l’année. Selon le journal anglais The Guardian, c’est Bolton lui-même qui fait pression sur le président américain pour un retrait du traité INF.

Quant à Gorbatchev, signataire du traité, il a dénoncé le «manque de sagesse» de Trump.

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