Guinée: une transition démocratique biaisée par le pouvoir d’une élite égoïste

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Sommes nous actuellement en démocratie en Guinée ?

La réponse à la question semble être non, lorsque nous analysons les manquements et les défaillances liés à l’édification d’un État ou d’une société démocratique en Guinée et surtout au comportement de l’élite guinéenne dans cette phase de transition démocratique qui brille par des attitudes antidémocratiques.

Pourtant à bien analyser, le discours politique actuel s’appuie sur le postulat selon lequel, l’élite guinéenne y compris l’opposition politique et le gouvernement guinéen dans lesquels ils opèrent, seraient soucieux de la construction d’une société démocratique en Guinée. Ce présupposé n’est jamais questionné et mériterait pourtant de l’être. Car il ne sert à rien d’apporter de bonnes solutions à de mauvaises questions.

Avant d’aborder des problèmes comme ceux du reniement de l’encadrement juridique, séparation des pouvoirs, remise en cause permanente de l’état de droit et surtout la déchéance du contrôle de la constitutionnalité et les élections imparfaites, encore faut-il nous mettre d’accord sur le contexte dans lequel ces problèmes se posent. Car la manière dont ils doivent être traités diffère profondément selon que l’on juge que le pouvoir politique est, ou n’est pas, démocratiquement réparti entre tous les citoyens et quel rôle y joue l’élite guinéenne.

Ce contexte, autrement dit notre élite, est elle démocratique ou pas et se bat-elle pour l’instauration d’un système démocratique en Guinée?
Une transition démocratique peut elle se consolider avec une élite pervertie, antidémocratique ?
Le régime politique guinéen est il démocratique ou ne serait il pas plus juste de parler d’un état néopatrimonial avec une élite ou oligarchie libérale, clientéliste qui se sert du peuple pour préserver ses intérêts ?
Voilà alors de bonnes questions qui méritent d’être posées dans la situation actuelle de la Guinée…

En effet la démocratie a beaucoup de définition non identique, qui recouvrent une même réalité, c’est à dire que la démocratie est le régime dans lequel toutes et tous disposent d’une égale possibilité effective de participer directement à l’élaboration et à l’application des lois régissant la société. Autrement dit, tous participent à la prise de décisions concernant la collectivité.

Est ce le cas aujourd’hui  en Guinée ?

Évidemment non. Ce n’est pas faire preuve d’hérésie, de reconnaître que la société guinéenne depuis l’indépendance est  régie selon la volonté d’élites politiques, économiques et militaires.

Quant au pouvoir des élites, il est vraiment impossible de nier que toutes les décisions importantes sont aujourd’hui élaborées par et pour une infime minorité de citoyens : politiciens, patrons, et technocrates.

L’exemple des événements de ces dernières années  est plus que révélateurs du caractère clientéliste et néopatrimonial de l’état
guinéen et met surtout en exergue, le comportement antidémocratique de l’élite guinéenne et prouve que la démocratie en Guinée est confisquée par sa classe politique actuelle.

En effet, ceci permet aussi de comprendre que l’opposition politique en Guinée n’a  d’autres objectifs que la prise de pouvoir à plus ou moins long terme ou l’élaboration de politiques alternatives à court terme. Sauf que dans une société composite comme celle guinéenne l’opposition doit avoir comme objectif premier la transmission des préoccupations des populations périphériques, urbaine dans l’arène législative, car la population guinéenne souffre beaucoup et vit dans une pauvreté aiguë.

Et tel n’est pas le cas en Guinée et raison pour laquelle ils pensent aller aux élections pendant ce temps le processus électoral des élections communales n’est pas achevé et les chefs de quartiers ne sont  pas installés.

PIRE encore  il y’a eu depuis le 14.10.19 plus de 30 guinéens assassinés sous les cribles des balles du régime actuel et que jusque là aucune lumière n’a été faite sur ces crimes odieux afin de pouvoir situer les responsabilités et les députés issus de l’opposition politique continuent de sieger à l’assemblée nationale périmée, malgré le  refus de leur famille politique de  participer aux élections législatives et malgré la mobilisation de l’opposition élargie contre le projet de tripatouillage constitutionnel prévu le 01.03.20.

Donc  cette classe politique actuelle guinéenne pour des intérêts égotiques et égoïstes est prête à banaliser la mort d’hommes, l’impunité et soutenir surtout le contournement des lois de la République et de la justice constitutionnelle..

Quelle absurdité ! Quel paradoxe ! Car dans une véritable démocratie et voire même dans une démocratie de façade, avec une élite respectueuse des règles du jeu démocratique, la politique ne peut pas être une technique réservée à quelques spécialistes mais une activité collective à laquelle tous sont invités à participer sur un pied d’égalité.. Mais tel n’est pas le cas aujourd’hui en Guinée, car nous avons à faire à un régime oligarchique, libéral, néopatrimonial et dictatorial qui depuis 61ans ans a pris le peuple de Guinée en otage, un système oligarchique formaté par une élite pervertie qui divise, oppose et méprise le peuple martyr.

Elle opprime non seulement nos corps, mais aussi et surtout opprime nos esprits, afin d’empêcher tout changement de perspective ouvrant la possibilité de penser  conjointement les problèmes politiques qu’on aborde jusqu’à présent séparément et surtout d’empêcher le peuple d’agir ensemble pour mettre fin à ces structures oligarchique mafieuses, rétrogrades qui empêchent l’émergence d’une société démocratique en Guinée.

Et tant que les guinéens n’arrivent pas à se désolidariser de cette élite mafieuse, et arrêter surtout de penser à cause des raisons éthnicistes, que cette élite n’est pas infaillible et qu’elle peut nous apporter l’émergence démocratique dans la paix et l’unité, alors qu’elle est le vrai problème à la situation actuelle du pays, la Guinée ne verra jamais le bout du tunnel.

Pour y arriver , il est impératif d’admettre d’abord que nous avons un régime oligarchique voulu et entretenu par la classe politique actuelle, donc qu’il faut le changer, car nous lui préférons à la démocratie, et ceci en partant d’emblée dans une réflexion systémique  faisant l’effort de réfléchir aux problèmes et aux éléments de ce système en les liant les uns aux autres. Ces questions ici posées ne peuvent être résolues que si elles sont traitées ensemble, dans la mesure où démocratie, État, régime oligarchique, dictature, clientélisme,  défaillances de l’élite guinéenne, s’alimentent tous les uns des autres.

Pour ce faire, il faut préalablement encore nous débarrasser de nos illusions quant au caractère prétendument démocratique de notre élite et de notre régime politique.

Aissatou Chérif Balde la politique autrement…
Vivement le changement en Guinée .

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